Partager l'article ! L'INVISIBLE ÉDENTÉ: PROLOGUE Il attend assis sur la médiane du temps À cheval sur un signe abonné au ha ...
Il attend assis sur la médiane du temps
À cheval sur un signe abonné au hasard
À regarder défiler tous les passants
Tous en fuite à contempler ses hardes
Il espère allongé sur son nuage blanc
Le coude appuyé sur un bout de soleil
Rouge comme un rai accroché au printemps
Attentif à dorloter sa dernière merveille
Mû par quelques "bises" du vent insoumis
Comme un ressort à la folie indélébile
Il s'accroche au chant des feuilles jaunies
Où il se met à siffloter en bout de file
Le "RA" des quatre saisons enivrent ses pensées
Où il se mêle au "DO" mineur de leur défilé
En tête des tempos bousculant les amertumes
Quand les mers gonflent leurs cœurs d'écume
D'où vient l'appel de cette symphonie
Le bruissement du temps qui s'ouvre à la vie
Où le grondement des poètes en cendres
Éparpillent leur souffle au "VENT DES FLANDRES"
Toi jeune garçon aux crocs avides et blancs
À savourer la déraison éclatante de tourments
Prends de la graine de vieux fou de poète
Et FAIS COMME MOI.. APPRENDS, ET TAIS TOI!...

Depuis des siècles, je cherche désespérant à me faire adopter. On me dit "POÈTE". Mais c'est sans compter sur l'agenda de mon tempérament.
Je dois être un de ces petits points noirs sur la face du monde couvrant ses malades. Selon mon humeur je fonce dans les aiguilles désarticulées par le temps. Je me fais un honneur de rendre compte aux "DEUX GRANDS MAÎTRES" de mes humbles progrès. Je dois être un "cas", car même là-bas on s'obstine à m'ignorer. C'est si simple de dire : "Monsieur est sorti". Sitôt oui, je squatte le seuil d'à-côté; mais "Monseigneur est débordé". Après un long voyage dans le temps, j'atterris dans mon grenier. Je m'affale sur mes chaînes et mon boulet qui m'enlacent affectueusement pour me consoler. Je dépéris, quand soudain je gratte mes méninges desséchées. Où trouverai-je celle qui partagera mes pauvres tourments que j'assume depuis la nuit des temps!...
Il aurait mieux valu pour moi que je reste seul, mais elle est déjà là. Je ne m'attendais pas non plus à ce qu'elle bouscule mes habitudes de vieux poète desséché. Saura-t-elle assumer ma marginalité et aimer ma bouche... "Invisible et édenté?..." Car je me meurs toujours et encore sous la débâcle de la terre sans orbite. Et, à ce moment-là, je m'efforce à franchir la médiane du temps pour retrouver "MES MAÎTRES"...
Je me meurs, encore et toujours!... C'est une "tradition" je dirai même, aussi, comme une pendule aux aiguilles désarticulées par temps, je fonce le jour suprême pour aller taper selon mon tempérament où invariablement on me réponds" que DIEU" est sorti. Sitôt dit, je tambourine chez Lucifer, où on me crache que LUCIFER est toujours en rendez-vous d'affaires. Depuis, je erre dans la nuits des temps traînant mes chaînes invisibles dans un humble grenier. Pour tous les humains je suis un "Sans foi ni loi" banni de ce vingt-et-unième siècle d'aujourd'hui. De mon vivant, j'étais comme un fléau en raison de ma marginalité que j'ai toujours bien assumée; mais je la porte sur mes humbles chaînes et la traîne tel un boulet qui s'obstine à ne pas me lâcher. Las de tant d'incertitude, je décide de créer une femme qui sera à mon image, mon deuxième "EGO"!... Il aurait mieux valu que je prie ou blasphème, mais "elle" est déjà là qui braille dans le panier à linge lui servant de berceau improvisé, où on la dépose tranquillement dans le silence dérangé de ma muette clandestinité. On lui délègue un prénom que portait une chanteuse de cabaret. Je ne suis pas surpris; car, à ma grande déconfiture, je ne puis moi-même lui octroyer une quelconque allure. Elle est tenace, se bat, rugit, m'insultant de son cœur de futur enfant. J'oscille et n'ai pas la patience innée pour entendre ses hurlements; et tandis qu'elle continue de semer à tous vents sa soif de vivre, je m'efforce de tarir l'eau des rivières pour qu'elle devienne avant de grandir ma propre âme torturée que Dieu et le Diable continuent à dédaigner. Depuis que je m'occupe de la môme, je n'ai plus le temps de graisser me chaînes rouillées. Si j'étais le Diable, je danserais dans les feux. Si j'étais DIEU, je rendrais compte aux cieux pour n'avoir su engendrer cette bâtarde qui s'amuse avec l'eau, le ciel et le feu.
Je soupire, je me charge moi-même de son éducation et continue bien malgré moi. Je commence à regretter le temps où je n'avais que pour
seul souci de regarder les lumières du ciel étoilé. J'ai l'air dans mon éternité tourmenté de me ravir devant son imbécilité. Je suis laid, indéfinissable tandis quelle devient belle comme la poupée quelle berce dans bras roses et potelés. Je l'ai si mal modelée quelle est le soleil qui inonde l'univers que je ne puis trouver. Je dirais même que ses rires enfantins enchantent; aussi elle me rend la vie invivable.
Elle continue de grandir comme une petite écervelée s'enivrant de la senteur des roses empotées, n'hésitant pas à les marchander à l'étal des marchés. Dans la foulée, elle excite un pauvre âne faisait le désespoir de son cocher. Elle quémande sans complexe une belle pièce dorée aux infortunés qui se contentent dès lors d'une miche de pain au lieu d'un bon fumet. Le temps a passé à mon insu quand adolescente boutonneuse est affublée d'une robe démodée et laide à souhait, et ce dirige là, où elle ne devrait pas aller. Je l'entraîne directement sur le seuil d'un magasin de pompes funèbres, où dans la pièce principale trônent des couronnes de fleurs artificielles et des plaques de regrets. Elle ne pâlit pas quand elle traverse toute cette mort étalée pour se rendre dans l'arrière-salle envahie de spots et de fumée. La môme s'ennuie, se goinfre de chocolaterie, tandis que des couples se forment dans l'insouciance de l'adolescence naissante. Au fil des minutes "la gamine" devient un tableau que l'on s'efforce d'oublier dans un coin mal éclairé. Elle n'est pas réinvitée aux festivités du lendemain et regagne tristement son logis. Je veille toujours et encore sur son cœur d'éternelle rêveuse. Je n'ai pas de conscience, puisque je ne puis être béni ou maudit; aussi, je réintègre mon humble grenier, où je m'affale sur mes chaînes et mon boulet. Je continue cependant à me ronger les sangs, même si depuis trop longtemps mes veines sont sèches de liquide transparent; car la môme me tuerait si je pouvais au moins une fois exister ou ressusciter.
J'avais failli franchement trépasser, le jour quand elle est allée voir le prêtre de son quartier, et, bien que mes souvenirs soient enfouis, j'étais cependant bien obligé de me rappeler la honte quelle avait failli me faire endosser. J'avais réussi néanmoins à la persuader de ne point devenir dévote et, le jour de la communion solennelle de ses amis, j'étais au premier rang à sculpter son visage palissant à la vue des fillettes toutes vêtues de blanc. Je deviens irascible autant et si souvent que le temps passe. Je perds goût à toute objectivité, tandis que mes chaînes me pèsent de plus en plus lourdement. Je décide donc de marier mon ânesse devenue une charmante mais idiote belle jeune femme, et choisis moi-même son futur époux. Pour ses noces mon boulet se fait plus léger. J'ai l'impression de voler, je dirais même, car la mariée est triste; l'heureux élu est aux anges, les beaux-parents sont exécrables. Je fais ce jour-là le plus beau feu d'artifice en détruisant leur futur édifice.
Un sentiment étrange me gagne, l'impalpable me tient tandis qu'une louve n'en finit pas de hurler au loin. Deviendrais-je quelqu'un, pour que sans âme et sans cœur, je commence à penser seul dans mes combles quand la femme dépérit et devient une ombre dans la nuit. Je ne jubile plus, je perds mes forces et ma paillasse sous le poids de mes chaînes et de mon boulet. J'implore le MESSIE et LUCIFER de prendre mon âme. Mais, ni l'un ni l'autre ne m'accordent aucun crédit; aussi, pendant mon bref voyage dans le temps, je caresse un astre qui me boude.
Je ne suis rien puisque je suis invisible; aussi je n'ai ni de rêves ni même de cauchemars et m'implique à chercher un visage qui depuis toujours est ma déraison; car c'est bien celui de la femme que j'ai crée pour mieux me générer. La pauvresse est devenue si laide et détachée de la réalité quelle ne se farde que très rarement s'enfermant à jamais dans ses souvenirs d'antan. Nous nous ressemblons enfin si forts que je réussi à lui transmettre mon instabilité et ma marginalité. Elle devient si proche de moi et si lointaine envers les autres que dans son parcours de misère, elle effleure presque tendrement mon corps desséché et transparent. J'ai encore un petit espoir car, blessée dans l'âme et meurtrie par ses mains devenues glacées, la rescapée de la mort songe à un grenier. Un sentiment inconnu m'anime, est-ce l'incertitude de son propre destin ou du mien?... Où est-elle?... Que pense-t-elle, tandis quelle envisage sérieusement de s'installer non pas à-côté, mais ici dans mon grenier. Je perds tous mes bas instincts, je n'ai certes pas prévu ou, peut-être, trop programmé mes propres idées; aussi mon boulet et mes chaînes soupirent de tant d'ambiguïté. Deviendrais-je quelque chose qui attend depuis l'éternité celle qui me délivrera de mes tourments, tandis que je reste humble transparent d'avant et de maintenant?...
Faut-il que je trouve grâce à ses yeux devenus secs depuis trop longtemps, car je suis si laid que parfois mes chaînes elles-mêmes n'osent plus me traîner. Je suis si inconstructible que mon boulet s'efforce de rester à mes pieds. Je m'efforce de me parer de tant de doré que j'en oublie mes yeux creusés. Je ne prie ni même ne parjure, tandis qu'un être évolue à son insu dans mon propre irrésolu.
Depuis la nuit des temps je m'étale sur mes entraves, tandis que le matérialisme s'installe avec facilité en montant et redescendant les escaliers qui se font fiers d'être ainsi apprivoisés. Mes orbites brillent de mille paillettes, mes chaînes s'appliquent à chasser leur rouille écaillée tandis que mon boulet se fait aérien comme jamais pour se faire oublier.
Un monde nouveau envahi mon triste univers lorsqu'on me bouscule sans ménagement dans les coins presque inexistants de mon grenier. J'implore le Diable et le Messie pour que je puisse au moins déserter et mieux réaliser la plénitude de mes pensées. Insouciante, la femme vaque, donne des consignes tandis que je reste transparent lorsqu'elle réapparaît et s'enfuit aussi vite avant même de souffler sur le seuil de mon grenier. Je suis si exalté de peur devant son innocente ardeur ou labeur que je m'élance dans les escaliers qui prennent peur. Je n'ose cependant m'aventurer plus loin dans le mystère, quand enfin je l'entrevois plus que je l'aperçois.
Je passe plus d'une semaine dans l'incertitude de mon invisible torturé. Je guette le bruit d'un pas crissant sur l'escalier, j'aspire à une porte mal fermée quand enfin je suis rassuré. Je me surprends à soupirer d'aise, quand la femme s'endort d'épuisement non pas sur ma paillasse mais dans un vrai lit aux futures senteurs d'été. Je repose aussi dans son lit douillet, mais à son insu sans oser la toucher; car je n'ai que mon âme torturée à lui présenter. J'ignore toujours le goût de sa bouche, et n'ai que pour seule saveur de sentir sa propre chaleur.
Elle apprivoise tant mon triste univers que j'apprends à connaître la danse des astres dans le firmament. Elle conte si haut que les rêves ont leur propre savoir chassant le désespoir des cauchemars qu'elle me libère elle-même de mes chaînes, et le boulet que je garde toujours aux pieds devient un humble ballon lorsqu'elle lui souffle que quelque part un être sera un jour son diapason.
Cependant je dois bien reconnaître que la jeune femme bouscule à sa façon mes habitudes de vieux desséché tourmenté. Je me fais fort de rester discret surveillant jalousement tous ces faits. Il lui arrive fréquemment d'envoyer rouler mes chaînes au pied des escaliers, l'air devient irrespirable lorsqu'un chaudron oublié sur l'âtre se transforme en brasier, tandis que des seaux entiers servent de lance improvisée pour éteindre quelques flammèches qui s'obstinent à vouloir lécher les meubles de bois ciré. Elle est à elle seule une telle catastrophe naturelle que je la compare souvent à un volcan sans cesse en éruption ou à un séisme faisant finir à l'avance tous les demeurés.
Quelquefois j'ai fort à faire lorsque je me glisse dans ses souliers pour éviter d'être par elle piétiné. Elle a le don de se saisir de tout ce qui est à sa portée pour enfin déranger ce qui vient d'être trié.
J'apprends, avec elle, les arts culinaires et les mets maintes et maintes fois réchauffés qui ont la saveur calcinée des terres brulées. Mon grenier est devenu un palais ou quelques traces font face courageusement aux lessives que la femme a insidieusement mélangées pour la propreté du parquet, qui geint de tant d'agressivité. Un jour, je me décide durant son sommeil de la caresser pour me faire exister. Je suis à ses cotés lorsque ma belle se met à soupirer; mais ..., celle-ci cherche toujours désespérément les bras d'un autre amant. Je réalise, en cet instant, que je suis et reste ce vieil invisible édenté qui jamais ne gagnera son cœur éploré, même si parfois, par lassitude, elle partage inconsciemment mes étreintes amoureuses et fictives.
Las de tant d'espoir et de désespoir, je prends la route du voyage mais le Messie n'a pas changé et m'envoie taper à la porte d'à-côté. Je me montre ferme devant Lucifer, il ne sait toujours rien faire. Aussi je déserte l'enfer aussi vite que je démissionne du paradis avant même d'être devenu fantôme ou humble repenti, je n'ai plus que pour simple objectivité que de regagner mon grenier.
Vais-je avoir le courage de frapper et d'entrer?... J'apprends par une bouche les mots inquiétude et solitude, car j'avais cueilli des perles d'eau sucrées mais ma mie s'en est allée. Je voulais embrasser des lèvres pleines et bien ourlets oubliant la honte de ma bouche invisible et édentée. Je désirais lui offrir tous les rosiers éclos en une seule journée, mais ne trouve que des pétales de roses prématurément piétinées.
Je me perds dans les méandres de la perplexité et décide de m'enfuir avant que l'hiver ne fasse sa macabre entrée. J'erre sur les routes rencontrant sur mon chemin tant de brigands que j'arrache d'un arbre tremblant une branche délaissée par un pauvre manant. Je deviens tant et tant réel qu'à mes pieds poussent des orteils. Je subsiste peu et si souvent que je grignote des racines volées aux futures forêts. Je n'ai plus de boulet ni même de chaînes pour m'arrêter, mais un bâton qui me sert à marcher et continuer. J'offre mon humble savoir faire aux maîtres professionnels, je suis payé avec quelques deniers, mais ... j'ai à boire et à manger. Un jour je rencontre un ennemi sur le chemin, nous nous entendons si bien que je deviens comme lui un manant habile de ses mains.
Pourtant, je pense à ma mie car je perds la raison tandis qu'elle meurt peut-être dans une pauvre maison. Saura-t-elle encore me faire rêver car j'ai si changé que je suis devenu à force de labeur un homme bien campé sur ses jambes, tandis que j'ignore le sort qui essaie d'apprivoiser mes chaînes et mon boulet afin de les faire parler.
Je chante fort, je m'enivre de vie avec des filles faciles et trop fardées. Je me perds dans leurs cheveux en baisant leurs lèvres trop rouges, et fréquente les auberges les plus mal famées pour n'être qu'un homme que la vie vient de trop gâter. J'apprends les choses d'à présent et suis de plus en plus brigand.
Cependant, je ressens le manque indescriptible d'une présence même si je me vautre tel un roi dans le lit des princesses aux faux diamants. Repu de victuailles et saoul de tous les meilleurs vins je me répugne à faire part de ma propre infortune. Je pars toujours et encore plus loin pour ne pas entendre le cri de la louve qui se perd dans le lointain, car la fille du désespoir m'a envoyé un serin qui s'est perdu dans les chemins du destin. Ma mie est devenue un fantôme qui se réfugie dans le passé et l'éternel, tandis que je goûtais à des corps chauds, satisfaisant mes plaisirs charnels. Je me heurte alors à la difficulté de revivre cet amour que trop désuet. A force de parcourir le temps je suis près de l'ombre fidèle à elle-même, mais celle-ci ne me reconnaît point. J'attends le lendemain pour oser lui prendre la main et reste figé de la froideur de ses doigts, tout comme je prends peur de ce visage inexpressif aux yeux éteints.
Je pars m'imposer au paradis où on me congédie gentiment avec un merci, tandis que Lucifer gronde sa colère tout en m'envoyant paître. Je m'obstine alors à taper à la porte de mon grenier qui reste définitivement fermée. J'apprends par mes chaînes et mon boulet que ma mie a plongé dans l'univers de la pauvreté.
Il aurait mieux valu que je reste de nulle part ni même d'ailleurs, car j'oublie d'être un être humain pour ne redevenir qu'un pauvre invisible édenté dans la froideur de mon grenier que j'ai réintégré. Je jette un sort au sommier là où je reposais pour lui faire avouer toute la vérité. Je tire mes chaînes et mon boulet de leur nid douillet pour savoir le faux et la clé du vrai. Je reste si désolé de tant d'incompréhension que je retourne voir les maîtres des cieux et des ténèbres; ils m'ont déjà tous deux oublié. Aussi les ailes d'un ange me transportent sur terre tandis que des spectres me poussent vers une fictive lumière. La rage et le désespoir s'emparent de moi, la haine s'épanche de mon corps tandis que je reprends mon éternel voyage.
A mi-chemin je rencontre une fillette ignorant de ses richesses, et je la dessine si bien quelle me ressemble trait pour trait. Son chemin est si parsemé d'obstacles qu'elle saute sur les galets des rivières grondantes ou asséchées selon les hivers ou les étés. Je ne suis plus un manant mais un roi rendant hommage à Cendrillon chaussée d'humbles bottillons. Le temps est pour elle une météorite silencieuse basculant ses années tel un jeu de quille que les humains ont toujours ignoré; aussi la pauvrette pousse au gré du vent et du temps.
Je voulais qu'elle soit guerrière mais le destin en décide autrement. "INSPIRATRICE", c'est un bien grand mot ignoré de ma cervelle desséchée quand je trouve la solution de l'énigme dans une vieille bibliothèque, où les dictionnaires ont été déconditionnés par les langues réinterprétées selon les ères oubliées.
J'agonise bien malgré moi par ma gorge desséchée de tant de cruautés, je n'ai alors que la férocité de rester un édenté invisible tandis que les civilisés s'arment d'outils barbares pour tuer leur propre identité reniée. Je me meurs sur ma paille encrassée pour ne penser que je suis ou représente moi-même l'excrément de la société individualisé et, poussière dans le monde engraissé de trop de cœurs déchirés, je m'efforce de regagner non point le présent mais le passé. Je rampe sur les méandres du ciel étoilé pour me tourner vers les cieux ou l'enfer. Mais bien que le Messie n'a pas vieilli, il n'a cependant pas pitié de mon âme meurtri tandis que Lucifer, toujours égal à lui-même, m'interdit d'approcher ses bas domaines.
Aussi, je reste médiocre à souhait car je n'ai plus d'ambition; mais je réussis en un ultime effort à remonter les escaliers pour vivre dans mon humble grenier. Je décide alors de m'adresser à mon inspiratrice qui m'offre le plus beau cadeau de sa vie : SON SAVOIR.
Par ses conseils, je décide un jour de conquérir le monde; aussi je suis dans une ville anonyme où vêtu d'oripeaux fait figure de tableau surréaliste dans un musée pour mieux être admiré comme vestige du passé. Je n'ai cependant point le temps de méditer car un jeune garçon hurle son mal grandissant dans l'indifférence des gens inconscients.
De colère que trop retenue, en fureur grandissante, en explosion foudroyante, je demande à Lucifer lui-même d'épargner l'innocence. Il rit de mes impertinences, s'étouffe devant mon impatience et gronde au fléau qu'il vient de créer d'envahir le monde afin que tous perdent dans l'univers des pestiférés avant de devenir humbles fantômes ravagés. J'apprends cependant que je suis rescapé du mal qui ronge corps et âme, grâce à un astre que j'ai effleuré dans le passé.
Le souvenir cauchemardesque du jeune homme me hante; aussi est-ce un démon qui me suit dans mes nuits sans fin lorsque je plonge dans l'alcool et les insomnies?... Je ne puis qu'assister impuissant à la destruction lente mais inexorable du temps de maintenant. Je deviens éthylique sur les sentiers aux relents fermentés de la folie dévastatrice. Je me jette de plus en plus souvent sur ma paillasse où les draps n'ont plus les senteurs d'étés mais l'odeur des vomissures trop retenues ou ravalées. Mes chaînes se plaignent d'être trop souillées tandis que mon boulet croule sous mes immondices accumulées.
Des éclairs de lucidité hurlent à ma solitude de ne point m'encombrer du passé aussi je redeviens moi-même tel je j'étais. Je fonce dans la pendule aux aiguilles désarticulées pour retrouver le Messie qui s'efforce de réunir d'autres maux pour qu'aux yeux des êtres fragiles celui-ci puisse paraître le sauveur des naïfs inutiles.
Je le trouve assis à mes côtés sous la forme d'une de ses déléguées me vantant les bienfaits de ses secrets. Je ne suis cependant nullement impressionné par la fausse sérénité se dégageant de la jeune femme. Mon indifférence l'accommode tant et si bien que l'envoyée de SATAN se perd dans ses explications nocturnes et repart avec la saveur de l'amertume.
Le temps file mais je reste toujours insaisissable et impalpable, et je m'obstine à vouloir contourner les règles de lois qui sont depuis longtemps instaurées. Il arrive pourtant qu'on s'intéresse à mon invisible lorsque des humains s'ennuient dans les couloirs des bureaux de leur futur bourreau. "ON" m'oublie cependant, lorsque des tas de dossiers s'entassent en un seul jour sur les pupitres bien cirés. Mais"ON" finit toujours par me retrouver lorsqu'il s'agit d'inégalité, car bien que je n'existe pas, certains persévèrent dans leur imbécillité quant à m'inventer un môme boutonneux au cœur prématurément éparpillé, et je frappe de temps en temps aux portes du palais, où trône honteusement la balance de la justice et de l'équité.
A force de ne plus pouvoir subsister, je devient un déchet de la société que l'on jette dans les égouts pour ne rester qu'un rat ignoré par les éboueurs dédaignant des denrées périssables abandonnées sur les étals des marchés. Les bennes à ordures sont vite récupérées par les plus miséreux et je ne trouve que quelques papiers froissés que je m'empresse de rassembler.
Je ne puis resurgir au grand jour; aussi je m'applique à donner un sens à mon ennui en pensant à ma mie... Se souvient-elle de mes chaînes dont elle me libérait pendant nos étreintes passionnées?... Nous avons vécu tant de tendres moments que nos deux corps en un seul devenaient dépendants. Nous avons crié d'amour si fort que nous implorions les amants de défier la vie ou la mort. Elle caressait si souvent ma bouche invisible et édentée que je puisais la force d'exister.
Ma déraison est plus forte que la peur, et dans l'effort suprême de mon cœur asséché et tourmenté, je fais appel à la destinée pour la retrouver. Elle est bien là, calme et sereine assise dans un canapé aux couleurs mélangées d'automne et d'été. Elle ne semble point surprise de mon arrivée tandis que j'hésite à m'approcher de cette fée dont le regard se met à briller. Mon boulet ne reconnaît plus ma fidélité tandis qu'il reste aux côtés de ma compagne tant aimée. Je n'entends plus le son de sa voix et je comprends qu'elle se cache étant elle-même devenue "HORS LA LOI". Au fur et à mesure que les heures s'égrènent, ses cheveux si noirs auparavant se tressent de fils argentés si longtemps cachés.
J'apprends par sa bouche que le Diable et le Messies se sont disputée pour lui faire avouer l'heure et le jour de son arrivée. Je redeviens alors inconstructible tandis que je fonce rendre compte aux deux grands maîtres qui me chassaient ou me congédiaient de leur règne à coups de prières ou de blasphèmes. Je tape directement chez le Messie sans passer par l'accord des Saints du Paradis et bien que je sois reçu par une haie de chrétienté, je ressors aussi vite fait après m'être excusé de ne point pouvoir ressusciter. Je tambourine aux portes de l'enfer mais Lucifer se perd dans ses potions magiques et puantes, tandis que des spectres se proposent de mal gré à me raccompagner.
Aussi je reprends mes belles habitudes d'antan en revêtant mes oripeaux de brigand et de manant. Il me manque, toujours et cependant, ma mie à mes côtés et reprend la route pour la retrouver en espérant que mes chaînes et mon boulet l'ont abandonnée. Je me retrouve alors face à une charmante diablesse point effarouchée et oublie toute réalité en me vautrant dans les méandres de l'amour bon marché.
Le bien-être aidant, je deviens fainéant en perdant goût au labeur, je travaille vide de toutes pensées car je cherche ma mie que malgré moi je continue d'admirer. Il aurait mieux valu que je ne la retrouve pas car elle vend son corps pour quelques deniers que ses bourreaux s'empressent de lui soutirer, et tandis que les misérables piétinent son cœur mis à nu pour mieux le torturer, j'établis une stratégie pour arracher à ses épreuves de calvaire ma mie adorée. Depuis ce jour, tout l'indiffère, et tandis que le corps semble détaché de toute vivacité, je découvre que ses mains seules s'animent à la vue d'un encrier. Dans un moment de lucidité elle me confie comment est venue cette fureur d'écrire, quoique je me souvienne qu'étant enfant, elle tachait n'importe quel brouillon. Se mourant un jour d'ennui, elle décida d'immortaliser les aléas que j'avais jadis provoqués pour mieux l'enchaîner. Consciente qu'un être laid et impalpable tenait dans ses mains sa destinée, elle s'arma de courage pour taper aux portes du Paradis , et après un étrange voyage de bienfaits, Lucifer se chargea de la bousculer dans la vie cauchemardesque des réalités.
Je comprends, dès lors, qui était cet astre que je caressais dans le temps. Nous nous étions rencontrés et aimés dès le premier instant malgré ma haine d'avant. J'ignorais que Dieu et Lucifer se consultaient quelquefois pour marchander une âme sur l'étal des deux palais; nous étions tous deux des débris humains que les deux grands maîtres jetaient dans la fosse commune des destins incertains. Depuis toujours, elle savait que je l'attendais là-bas dans mon grenier et s'efforçait de se faire adopter. Elle avait provoqué elle même tous les aléas de sa vie au prix de tant de larmes et de souffrances qu'un jour un astre avait eu pité d'elle pour que, près de moi, elle devienne immortelle. Elle avait tant et tant cherché l'endroit où je me cachais quelle avait sur-loué le prix de mon grenier pour mieux m'apprivoiser. Toutes les femmes que j'avais rencontrées étaient sa propre âme qu'elle transportait pour mieux m'aimer. Je me sens trahi, je fulmine, ne cédant ni aux explications, ni même aux supplications, je décide de repartir le lendemain sur les sentiers avec pour seul bagage mon bâton en évitant les filles graciles qui pourraient être la belle qui s'obstine à vouloir rester mienne.
J'ai fait de la solitude mon royaume lorsque j'apprends par un serin la naissance d'un enfant qui est le mien. Comme par le passé, je me transporte aux côtés de la mère n'ayant pour elle qu'un regard illisible et incertain, tandis que je me penche sur un bébé vagissant qui me ressemble étrangement. Le temps a brodé les années et mon fils est devenu un futur petit homme, ma mie quant à elle s'est mise à filer pour se faire pardonner. Les escaliers rient sous la chatouille de petits chaussés, les oiseaux sifflent et mangent dans une petite main potelée tandis que le miroir me renvoie l'image d'un père jouant à la chaîne et au boulet avec son enfant adoré.
J'ai peur un soir d'orage, lorsque soudainement les yeux inquiets de ma femme sculpte le ciel rageur car je me meurs et ne sais toujours pas où aller. Vais-je redevenir ce vieil édenté que ma femme a tant adoré malgré ma laideur et ma médiocrité?... Mon fils saura t-il comprendre un jour mon corps transparent car je suis condamné à tourmenter mon propre enfant qui n'est pour rien dans la destinée de ses parents. Je ne sais ni prier ou blasphémer, aussi je recherche dans la nuit des temps celui qui sera mon faux-semblant. Je n'ai point de mal à le trouver, ni même je ne l'envie lorsqu'il gagne l'amour de ma femme et de mon petit. Mon fils devenu un beau jeune homme au caractère indépendant se décide un jour de faire son propre nid. Ma compagne se sent alors si seule et abandonnée quelle se remet à tacher les cahiers d'écoliers. Elle écrit toujours et encore des mots d'amour à ses amants d'un jour qui lui renvoient toutes ses missives en retour.
Je pars à la recherche de l'un de ses galants et me surprend à rêver tout comme eux du temps où je me perdais dans les cheveux des princesses aux faux diamants. L'un des hommes écoute mon message, mais crache tant et tant sa pitié envers ma bien-aimée qu'elle se réfugie dans les ténèbres désormais. Elle se présente maintes et maintes fois au Messie qui n'est pas à ses pieds ni même à sa merci, elle plie un genou sur le seuil de Lucifer mais il ne sait que faire. Ma bien-aimée effleure un astre isolé, et c'est moi qui n'ai pas le temps de lui avouer que je l'aimais. Depuis, la pluie qui perle aux lucarnes de notre grenier sont les larmes que je ne puis verser. Toujours et encore, le cœur des roses reste à jamais caché sous leurs épines que je ne puis arracher. A jamais et désormais, mon âme s'en est allée dans la douleur démente de ne plus pouvoir l'embrasser. Aussi je balance entre l'enfer et le paradis en faisant fureur, et selon mon tempérament, entre le bonheur et le malheur.
Le Paradis devient un lieu pervers où les anges se dispersent, tandis que l'enfer renvoie des spectres dépaysés du monde des damnées. Le Messie prie seul et Lucifer peste plus que jamais dans son royaume devenu lieu de sélection entre les intouchables et les pestiférés qui se mélangent dans les méandres de la richesse ou de la pauvreté. Je goûte avec plénitude à tout ce capharnaüm ou Dieu récupère ses saints à l'autre bout du Paradis ou dans le domaine de son voisin l'ennemi. Les deux grands maîtres se mettent alors à prier ou à cracher pour que je fasse la loi dans leurs royaume. Les astres me font alors des courbettes tandis que je me promène la nuit dans les dortoir des spectres. J'obtiens ainsi une promotion par le maudit et une prière de foi par le Saint Père lui-même, mais je ne veux rien, ni même ne réclame aussi les anges qui me disent "au revoir" avec regret tandis que les fantômes invétérés se retiennent de grimacer. Je pars avec tous les hommages qui me sont dus, je n'ai rien gagné mais rien perdu non plus.
Aussi je reste seul et quoique la sérénité me manque énormément, la perversité laisse un manque indescriptible de rance trop regretté. Depuis en hommage au Messie je bois l'eau des sources avant d'aller m'enivrer dans les tavernes préalablement choisies par Lucifer.
Un jour cependant et par hasard, je suis devant une porte où je frappe avant d'entrer. Les escaliers m'ont oublié tandis que le remords a l'odeur des relents du passé. Je me trouve face à un être me ressemblant étrangement car mes chaînes et mon boulet se sont appliqués de se faire adopter. J'apprends par une bouche quelle cherche ma propre femme. Je jalouse tant et si bien que je fulgure dans le temps pour la retrouver bousculant les escaliers, tandis que mes chaînes et mon boulet essaient en voyant ma fureur de se libérer de leur prisonnier. Je suis attiré par le cri lugubre d'une louve se perdant dans le lointain pour trouver ma femme enchaînée. Elle n'est plus qu'une bête grondante de haine et de fureur vers des humains à la notoriété affichée.
J'entreprends l'ultime voyage pour la sauver de sa démence mais le Paradis n'a pas changé, il est resté tel que je l'avais laissé. L'enfer est toujours aussi puant de malaises tandis que Lucifer a kidnappé l'âme des enfants dans son royaume pervers. Je gronde de colère, quand Satan crache, à mon entré, se perd dans des explications nocturnes pour enfin me rouer à coups de pied; cependant, à son insu, j'emmène le cœur des petites victimes au Paradis où pour me remercier de ma témérité le Messie m'envoie comme messager pour sauver les êtres profanés.
Dès lors, je traque sans remords tous les bourreaux d'enfants puisque Dieu, lui-même, m'en a donné l'accord. Je jette les tortionnaires dans les flammes de l'enfer; et tandis que pendant mon absence les yeux de ma mie s'éteignent de peur et de découragement, un astre s'applique à lui ré-insuffler la vie tandis qu'un autre la couvre déjà d'un linceul blanc. Depuis je veille comme du temps où elle était enfant. Je hurle silencieusement devant sa beauté devenue poussière d'été dans le ciel étoilé car ma mie n'est ni en Enfer ou au Paradis, elle s'est perdue dans les méandres des jours et des nuits. Dieu et Lucifer ont failli à leur labeur, aussi elle demeure partout et ailleurs.
Comme une bête agonisante, je réintègre mon grenier où la froideur des draps froissés enveloppe fictivement le corps de deux amants qui se sont adorés avant même d'être nés. Je sème chaque année des bouquets de baisers que les amoureux s'échangent pudiquement en hommage à ma dulcinée.
J'ai sombré depuis bien longtemps dans la démence, lorsqu'un jour j'apprends que de simples mortels sont offensés par des promesses fictives de bourgeois ou de manants, car la crédibilité est si fragile que, par elle, le monde s'éparpille. La teneur du bon vin devient alors la lie du tonneau lorsque le raisin est cueilli par des sots. Le ruisseau devient alors un vase pour ensevelir les naïfs qui se complaisent à ignorer l'horreur des droits féodaux, car le monde est malade, l'univers entier souffre des fléaux que Satan jette, ci-et-là, comme des gaines qui demandent d'être ensemencées encore plus loin.
Je suis bien dans cet avenir où de faux messies abusent des pauvres graciles ou costauds, quand je retrouve l'intrus enchaîné dans mon grenier se faisant fort d'essayer son entré en enfer ou au Paradis. J'ai cependant pitié de lui le jour où il me supplie de rester en ma compagnie, tandis que le tain du miroir renvoie l'image de ma bouche invisible et édentée. Au bout d'un certain temps,la présence étrangère me pesant de plus en plus lourdement, j'engage de bon droit un duel où je suis le perdant et je reprends l'éternel voyage du passé.
Le MESSIE ne s'est toujours pas ridé, car jour et nuit ses adeptes baisent ses pieds blessés, tandis que Lucifer fait agrandir son hall d'entrée pour une future livraison de damnés. A ma grande surprise une femme évolue dans les deux mondes au grand plaisir des maîtres. Je fulmine et lui ordonne de me laisser la place qui m'est due, elle fait appel à Dieu pou rester dans les cieux et flatte honteusement Lucifer pour demeurer en Enfer. Pour m'octroyer le bien et le mal, je soudoie un futur ange ou démon au purgatoire où la sélection est obligatoire. Je viens de perdre le Paradis et de gagner mon séjour au royaume des maudits.
Je n'imaginais pas les bas-quartiers où chaque être est condamné pour l'éternité à l'obscurité. Je ne pensais pas non plus à retrouver les spectres que j'avais jetés moi-même dans les flammes de l'enfer. Lucifer enrage de ne point réussir à me faire voler une rose et crache inlassablement mes propres relents tout en faisant ruisseler mon sang transparent. Il me traîne dans ses halls noirs et glacials, avant de me jeter dans un gouffre nauséabond et surpeuplé de spectres si pervers, que je deviens le souffre douleur muet de l'enfer.
Je passe des éternités d'hiver dans le néant des rires grimaçants. Ce n'est pas mon monde aussi je reste marginal à toutes les violences étalées sans regret; c'est encore moins mon univers aussi je ne fréquente pas les âmes vénales qui se complaisent dans la sueur des drames. Par un quelconque écho sorti de la bouche de ses égoûts, Lucifer apprend qu'une âme est la proie des aigles des ténèbres et me convoque devant tant de mystère. On me traîne, on me pousse une dernière fois dans le purgatoire où les futurs anges ou démons attendent leur future destination et, tandis que je croise des uniformes de croix gammées, je vois des corps nus déjà calcinés ou étouffés par des gaz de fumée. Lucifer est toujours aussi sournois et malveillant, et découvrant ma supercherie m'envoie sitôt dit, sitôt fait sur le seuil de la porte d'à-côté. Le Messie n'est pas surpris que je prenne tous les sens interdits pour arriver jusqu'à lui, on lui a bien programmé une arrivée, mais un Élu s'est trompé : CE N'EST PAS MOI QU'IL ESPÉRAIT.
Je deviens, dès lors, pour les deux grands maîtres un "CAS", car si le Paradis ne m'est pas permis, l'Enfer s'obstine de son côté à m'ignorer. L'enjeu est sacré!... Aussi pour savoir si je suis damné ou béatifié, je tranche ma vie où d'un côté coule du sang et de l'autre du liquide transparent. J'apprends ainsi que mon Âme est belle ou laide, or, je veux tout ou rien afin que je puisse au moins me faire adopter car je suis las de traverser les années. Le Messie s'apitoie et me fait part que je lui deviens quelque peu familier, quoique pour moi sa pensée reste éloignée tandis que Lucifer se vautre sur son trône incrémenté en me rayant négligemment de son testament puant.
Je ne puis que repartir dans l'immensité de la nuit des temps où je me perds selon les saisons dans un fil de ténèbres ou dans un RÂ resplendissant. Les étoiles deviennent mon jardin secret où je contemple le monde d'à présent. Un astre innocent me prie de lui faire visiter la terre, il aurait mieux valu me taire car le monde a encore changé. L'univers a une fois de plus basculé dans les méandres incontournables du progrès. Des associations diverses se créent grâce à la bourse des honnêtes gens aisés qui se font gruger. Dans les rues, je ne vois que des jeunes blafards et désabusés. Des parents jettent leurs enfants sur le trottoir pour se réchauffer seuls à l'âtre du foyer. Les fléaux trônent désormais et chacun creuse son trou pour les ignorer. Je culpabilise dès lors si fort que je décide de retourner là où je suis persuadé de devoir aller.
Le MESSIE se bat, plus que jamais, contre son adversaire en luttant contre les flammes de enfer, SATAN m'envoie toujours paître, notre Père lui suggérant de se mêler de ses propres affaires. La « Bataille du Bien et du Mal » devient sanglante ou transparente.
DIEU a changé, quand, à son insu, il s'est voûté sur le poids qu'il est seul à porter, il a lui-même plusieurs anges gardiens chargés de sa sécurité privée. Le MESSIE est un peu surpris de me voir surgir comme à mon habitude sans m'être annoncé, il accepte néanmoins de converser deux secondes qui me semble être une éternité, et se charge gentiment de me faire comprendre qu'il ne m'a point invité.
Sitôt dit, je suis en enfer, où les halls sont devenus des palais prospères et, où chaque spectre a le droit de se réchauffer d'une bougie en hiver. Je croise un fantôme dont la renommée n'est plus à faire, il essaie de m'accaparer au passage, mais ... je ne suis pas une bonne affaire.
LUCIFER, de son côté, a tant et tant de travail qu'il cherche un volontaire pour gérer ses propres fléaux grandissants et jaillissants de ses propres excréments. Bon prince, je pose ma candidature qui se perd sur le bureau personnel de la diablesse attitré qui a choisi définitivement le bon côté des cœurs à torturer. Je lui jette un regard si chargé de haine, qu'elle prend peur d'être supplantée par une bouche invisible et édenté. Je sème à ses pieds des graines de poèmes parlant d'un duel entre femme et rebelle et, décidons de nous battre entre deux étoiles pour témoigner. Je rentre fébrilement dans mon grenier où mes entraves me pressent de questions auxquelles je réponds que par oui ou par non.
La Diablesse est bien présente à l'heure aux aiguilles désarticulées du temps et découvre un corps resplendissant pour gagner à l'avance la bataille de SATAN. J'oublie, dès lors, ma bouche invisible et édentée pour devenir un homme à la sexualité enfiévrée qui se plonge avec délice dans l'extase de l'amour charnel trop refoulé. Nous ne pensons plus à nous chamailler mais à mêler nos deux corps en une étreinte passionnée, elle n'est plus alors qu'une femme dont la bouche me soûle d'amour et de plaisirs inavoués.
Beaucoup plus tard, ma diablesse m'avoue que SATAN en amour ne sait rien faire, ignorant le savoir-faire, ma compagne hésite à me laisser partir tandis qu'elle baise une dernière fois mon corps apaisé. Je réintègre mon humble grenier où mes chaînes et mon boulet oublient de peser devant mon air renfrogné car je pense à « ELLE ». Deviendrait-elle une lueur dans mon éternel tourmenté, tandis que je revis maintes et maintes fois notre étreinte passionnée?... Je deviens fou de jalousie car, si LUCIFER n'est pas un adepte de l'amour, il y a cependant des spectres qui doivent lui tourner autour!.. L'envie est plus forte que la raison, et je commence à bien connaître les méandres de l'enfer. Je n'ai point de mal à passer par l'entrée principale du royaume des ténèbres, en évitant traîtreusement les nouvelles dépendances bâties en urgence par les vétérans pour recevoir non pas une nouvelle fournée de damnés, mais le quart de l'univers entier.
Pour avoir l'honneur d'être reçu, il ne faut plus s'annoncer mais simplement prendre un ticket d'entrée. Une diablesse en uniforme dirige les spectres les plus pressés vers tel ou tel bas-quartier où quelques damnés exigent à l'avance des places réservées. Il y a bientôt tant de monde que c'est la cohue générale, l'hôtesse se fait agresser sauvagement par un spectre qui se voit refuser son laisser-passer. Un fantôme est écœuré, il n'a jamais vu une telle ruée, hormis, lorsque des milliers de juifs essayaient de s'échapper des trains à bestiaux pour finir inexorablement en énormes charniers de gazés.
Quelle crédibilité va-t-on m'accorder, alors que j'ai une seule fois volé un acidilulé à l'étal des marchés?...Je m'applique, tel un mauvais élève, à réciter ma leçon à la secrétaire lorsque celle-ci signale à haute voix caverneuse que les portes de l'Enfer vont fermer pour grève. C'est alors un tel brouhaha de mécontentement que c'est la bagarre générale entre les futurs spectres et les vétérans. Je me sauve par une porte dérobée et, à force de détours, je suis devant le trône de LUCIFER en personne. Celui-ci se vautre tandis que ses « deux gorilles » me saisissent sans ménagement. Je plaide ma cause et invente des crimes plus atroces les uns que les autres, mais j'ai beau gratter mes méninges desséchées, je me fais prendre à mon propre piège, et suis jeté, tel un paquet encombrant et mal ficelé, sur le seuil de la porte d'à côté.
DIEU a beaucoup vieilli, à force de prêcher la bonne parole aux chrétiens désabusés qui se détournent du droit chemin. Il y a toujours une seule entrée principale qui aurait bien besoin d'être lessivée. Je ne vois que quelques anges priant encore sans conviction avec la pensée secrète qu'en enfer les chambres doivent être beaucoup plus claires malgré les ténèbres. Cependant un comédien déguisé en pitre s'informe sur le projet qu'il a réalisé en donnant chaque hiver à boire et à manger aux plus défavorisés. Un homme à la peau noire reste dans son coin, il connaît trop bien le racisme qui l'a tué un matin.
LE PARADIS est devenu un lieu quasi désertique, tandis que l'Enfer, de son côté, a gagné une telle notoriété que LUCIFER empiète de son côté sur le royaume des lumières pour la sélection des cas les plus urgents. J'ai une bonne fortune puisque je suis justement « UN CAS ». Sans ma diablesse, il y a bien longtemps que je me serai octroyé les faveurs du MESSIE, mais celui-ci ne voit pas d'un très bon œil ma relation coupable. Pour sauver mon âme, DIEU m'offre une sainte, ignorante de l'amour charnel. Toutes celles qui me sont présentées sont sans défaut et ennuyeuses à souhait. Je décline poliment le présent en signalant gentiment que je puis vivre en Enfer ou au Paradis et, selon les saisons, avec une sainte mais aussi avec une démente ayant du tempérament. Je comprends à cet instant que le plaisir des sens peut être bâtisseur ou destructeur et cherche inlassablement à en connaitre le secret. Je me mets alors à faire des statistiques sur les amants coupables ou répudiés.
Puisque le purgatoire est en pleine rénovation, je me rends sur place assistant à l'avancée des travaux. Un spectre d'architecte s'active aux plans d'un tunnel qui reliera, à l'insu du MESSIE, le royaume des Ténèbres à celui des Lumières. Entre les futurs anges ou démons, j'ai l'impression d'être dans dans une salle de récréation où les élèves oublient leurs devoirs et leçons. Les élèves conversent de plus en plus fréquemment, c'est alors un tel échange de savoir que la galerie est construite dans les meilleurs délais. Il ne me reste plus qu'à aller chercher ma diablesse qui est, aux côtés de LUCIFER, plus provocante que jamais. Je plaide sa cause tandis que SATAN, las de ses fictifs débats amoureux, la jette dans mes bras comme un vulgaire barda.
Des mois, des années, des ères se sont peut-être écoulées, nous vivons tous deux comme un amour impossible après l'ardeur de nos étreintes passionnées. De guerre lassé, nous décidons d'un commun accord de briser ensemble nos chaînes et nos boulets qui étaient, à eux-seuls ,les témoins de tant d'amour et d'espoirs inavoués. Elle se perd dans les méandres de l'absolu, tandis que plonge dans la solitude sans DIEU et LUCIFER comme conseiller ou mauvais messager.
Je croyais pouvoir vivre seul, exister que pour moi-même; cependant, j'ai besoin de quelqu'un ou de quelque chose. Je suis si las d'incertitude que la vie ou la mort joue mon âme dans l'arène des chrétiens ou dans la loge des romains. Je deviens alors poussière, sans avoir joui véritablement des ombres ou des lumières. Je m'inquiète pour mes entraves, où sont-ils?... Que font-ils?... Sauront-ils construire le présent et l'avenir?... Ils étaient tous deux mes inséparables, et même s'ils ne chantaient pas la même mélodie, ils chuchotaient cependant comme deux vieux amis. J'ignorais qu'entre eux une histoire était née; ils me cachaient tant et si bien leur amour qu'ils me suivaient de près ou de loin pour rester ensemble enchainés. J'aurai dû admettre en toute simplicité que, partout, où souffle la bise, le temps ne s'arrête pas pour les amants. Je n'avais pas qu'à moi, dément par ma pauvre âme débile, j'avais fait à mon insu le plus grand mystère de la vie houlante des choses. Je pensais, à ce jour, n'avoir rien appris, ni même n'avoir rien bâti, alors que j'avais crée depuis la nuit des temps le seul langage des amants.
Je suis poussière, aussi, j'ai une alliée en la marche d'escalier qui, un certain jour, se désolait de ne point me porter. Aussi, de marche en marche, je grimpe sur n'importe quel escalier qui me fait visiter à mon gré tous les greniers. Ma Compagne « LA MARCHE » m'apprend le langage de l'irrésolu et du mystère. Je comprends, dès lors, pourquoi un certain jour, je m'étais affalé à ses pieds. Je l'avais agressé, parait-il?... Certes, je dois reconnaître qu'elle pleurait souvent sous mon poids et grands nombres de fois. J'apprends également que Dieu l'a offusquée, en ne la créant pas droite, mais déviée pour arriver aisément aux greniers. J'entreprends le voyage pour plaider sa cause et me trouve devant le MESSIE, sans forcer l'unique couloir qui est devenu au fil du temps un corridor aux peintures passées. Poussière de poussière, j'étouffe cependant un cri, car là où le sang coulait, il ne reste plus qu'une plaie noirâtre et écaillée. Faut-il que je cherche, encore et toujours, à m évader de ses appels muets tandis que le désert torride semble être la seule raison de l'enfer tourmenté, car mon âme fougueuse n'a pas résisté à la sagesse que DIEU m'a dictée; et, je me dirige directement dans l'univers des damnés où je bouffonne plus que jamais le Maître des Ténèbres.
Celui-ci a son propre arbre généalogique et se fait seconder par ses fils. Il y a tant et tant de bâtards maudits que je recule devant leur taudis. LUCIFER est inquiet, en me recevant tel un futur prince aux parjures prometteurs. Il pense faire de moi l'espion de sa cour puante puisque je connais l'enfer et le paradis par cœur. J'accepte volontiers son offre à la grande fureur de ses fils qui s'emploient malgré tout à vanter leurs tristes exploits.
Mon cœur balance car je dois faire mes preuves en lui apportant le cœur d'un ange prématurément torturé. Je jette mon dévolu sur un enfant futur bourreau de ses propres parents. Cependant,je ne puis accomplir ma triste besogne et sacrifie un agneau au cœur à peine palpitant. LUCIFER gronde, s'étrangle et s'étouffe en s'apercevant de ma supercherie. De blasphèmes en jurons, il me chasse du royaume des damnés, en m'écartant de sa future fournée. DIEU n'est pas plus conciliant, il est triste, je dirais même, lorsque je lui avoue le sacrifice de l'agneau sacré. Je suis un bien mauvais repenti et les anges m'escortent sans un mot vers la sortie. J'ai tout perdu, depuis j'essuie des larmes fictives sur mes joues devenues glacées. Je n'ai rien gagné aussi je sanglote sèchement sans rien mouiller.
La liesse me gagne lorsque, un beau matin, un messager désuet vient frapper à la porte de mon grenier. Devant ma fragilité, il décide de se faire mon porte-parole près du MESSIE ou de LUCIFER car il a parlé à ma mie. Elle m'attend là-bas sur le palier de nos destinées. Le temps cesse d'exister, en cet instant magique, quand un astre discret se met à tousser pour nous signaler que l'entretien est terminé. Le corps dans l'âme, je réintègre mon grenier où mon ami POÈTE trempe inlassablement sa plume dans mon propre encrier. Il retourne enfin, quant à lui, dans la légende des poètes immortalisés. Que dire, que faire quant à vouloir tout gagner, quand on a tout gâché!... Les souvenirs reviennent alors tant et tant qu'une larme jusqu'alors invisible se met à mouiller silencieusement le parquet, car la réalité vient de me frapper de plein fouet quand j'apprends qu'un garçon mourut le jour même quand je suis né dans un certain passé. DIEU et le DIABLE s'étaient consultés pour me le faire ignorer.
De rage et de rancœur envers les deux grands maîtres, je redeviens un manant m'arrêtant aux jupons froufroutants des filles faciles, je me vautre, comme dans le passé, dans leur lit aux senteurs d'été; je me perds dans leur corps et leurs cheveux en criant de jouissance. Cependant, je reste las de trop d'incertitude et me décide une fois de plus à reprendre mon éternel voyage dans le temps.
La guerre gronde et tonne déjà au loin quand, la solitude aidant, je suis devenu un homme par mes idées nouvelles et anarchistes. Le monde décide alors de me faire taire. « ON » me traque de toutes parts, je me cache dans les bois, dans les forêts, sous les feuilles des près, lorsque une meute de chiens me surprend. Le sang s'écoule de ma gorge à gros bouillons et je me meurs. J 'ai l'air de planer, je voyage dans un univers irréel d'ombres ou de lumières, mais je gis là dans ce pré où un miséricordieux se penche déjà sur moi. Je passe des nuits dans l'inconscience bienfaisante quand, un beau matin, je reviens à la réalité de la vie. J'apprends par mon nouvel ami que la terre est devenue rouge de sang. M'affublant d'oripeaux pour cacher ma véritable identité, je prends la route du voyage pour ne trouver que des villages désolés. Je m'installe dans une auberge abandonnée où je passe des jours entiers à étaler mes idées révolutionnaires sur du papier. J'enfouis tous mes trésors d'écrits au pied d'un chêne que la foudre a léché.
Las de parcourir les routes, car je suis devenu vieux et fatigué, je décide de m'endormir à jamais. Dès lors, je n'ai plus que pour seul souci de mériter mon entrée. Je me présente cérémonieusement au SEIGNEUR qui me sourit. Je lui suis devenu très familier, mais il n'admet pas que j'ignore ses apôtres et me renvoie sur un sens giratoire où je me perds en fonçant dans les sens interdits à la grande désolation des Saints du Paradis. Je m'aventure dans une ruelle mal éclairée où je reste coincé à la merci des spectres hilares qui finissent par me traîner sur un boulevard de l'obscurité. LUCIFER écoute mes pauvres raisons, mais je le fais trop rire et, s'étouffant d'un rire machiavélique, m'ordonne de revenir mais selon son gré pour faire figurant bouffon dans ses fêtes d'orgies.
Depuis, pour faire plaisir aux deux grands maîtres, je prends des leçons particulières par l'intermédiaire d'un astre qui rapporte fidèlement mes copies, et, selon mon humeur, j'apprends à aider une veille dame à traverser la rue ou à rosser un pauvre innocent car je dois bien l'avouer, je fais mon premier apprentissage malgré mon âge. Je n'obtiens qu'une note médiocre par le MESSIE, car, bien qu'ayant secouru la brave femme, j'ai oublié néanmoins de lui tendre sa canne. Les observations de LUCIFER sont obscènes devant ma mauvaise volonté à subtiliser une bourse dont j'ai préalablement vidé le contenu.
Je continue, cependant, à m'appliquer avec bonne ou mauvaise conscience sous la surveillance d'une étoile que DIEU m'a envoyée pour lui faire part de mes progrès; mais, profitant de son inattention, je flatte honteusement un spectre caché lui suggérant de déguster des cèpes empoissonnés. Le jour, je sème des poèmes dans les champs, la nuit, je pars à la recherche d'un être tout comme moi malfaisant. Au soleil je me fais humble, à l'ombre je me gonfle d'orgueil tel un paon.
Satan ayant écho que je rosse consciemment un innocent avec un bâton gracieusement offert par le spectre pour la leçon de torture se décide enfin à m'attribuer un bon point. Le Messie ayant de son côté connaissance du sauvetage d'un chat m'envoie pour bonne conduite un extrait d'un livre saint.
Des années, des ères se sont peut-être écoulées tandis que je trime toujours pour progresser. Je suis comme un gosse qui aspire à la récréation, cependant ni Dieu, ni le Diable ne cèdent à mes supplications mais je me vois attribuer d'un côté un chapelet et de l'autre un martinet. Aussi je brûle un cierge à l'église d'à-côté pour enfin me ruer dehors pour cracher des obscénités. Je deviens irascible, quand par un malheureux destin, mon étoile et mon spectre sont mutés pour m'être devenus trop familiers. J'ai deux nouveaux précepteurs étrangers veillant à mes humbles progrès. Les leçons sont si rudes que ma pauvre cervelle desséchée assimile médiocrement les cours de sauvetages tout comme les leçons barbares. Aussi je choisis quelquefois en « séchant » une fois sur deux les cours de chrétienté et de blasphèmes pour aller m'abattre à mon gré dans la rivière d'à-côté en révisant lamentablement mes leçons. Parfois il m'arrive de conter fleurette à une sirène attristée tout comme je saccage le fruit du travail des bateliers.
L'étoile et le spectre partis chacun de leur côté à ma recherche se rencontrent sans pour autant me trouver, car je suis bien caché. Je suis si bien tapi dans les fourrés qu'ils ignorent que je guette leurs moindres faits. C'est l'instant magique et noir où brusquement le spectre s'agenouille devant la déesse de lumière pour n'être qu'à ses pieds un amoureux transi qui se laisse prendre dans les filets des sentiments purs et discrets. Que vais-je faire de ces deux tourtereaux alors que rien ne prédisait une telle destinée ?... Conscients tous deux que je ne suis pas neutre, ceux-ci m'implorent afin que j'aille plaider leur cause au seuil des deux palais.
Je suis devant le Messie lequel m'apprend que mon étoile est une juive gazée tandis que Lucifer vocifère que mon spectre était de son vivant un soldat en uniforme de croix gammée. Ils avaient tous les deux vingt ans lorsque la guerre a éclaté. Mon cœur pèse sur la balance de l'équité et réussi en un ultime effort de réunir mes deux tourtereaux à l'insu des deux grands maîtres. Ils engendrent un enfant qu'ils me confient, et je me fais fort d'élever le gosse à coups de prières ou de blasphèmes. Lorsque le gamin s'endort d'un sommeil réparateur et profond, je me surprends encore à susurrer à son oreille l'histoire de deux amants qui se sont aimés avant même de s'être rencontrés. J'ai toujours bien du mal à assumer car je suis toujours en apprentissage mais avec un me sur les bras.
L'étoile s'est un peu ternie tandis que le spectre ressemble à un grincheux avachi. Les cours s'accélèrent à une cadence que j'ai la nette impression que le Messie a donné de sévères consignes afin que je devienne quand même un futur admis. De son côté, Lucifer ordonne à celui que j'appelle en secret le « Gourou », de persévérer quant aux leçons à me donner sur le proxénétisme caché. J'apprends dès lors à reconnaître une future vierge tout comme je me déguise en sauveur pour mieux abuser la candeur.
Un jour croyant tout savoir, je me décide à me présenter pudiquement au Messie pour mon ultime entrée. Sûr de mes notes, car j'excelle en divinité et sérénité, je me fais fort devant le Saint-Pierre, qui patiemment, m'écoute bredouiller. Je n'ose alors lui avouer que j'ignore où son fils fut sacrifié car, si j'excelle en pratique, la théorie accuse trop de lacunes.
Je ne réalise pas lorsque je suis sur le seuil d'à-côté où, certain de mon succès, je parjure et commets beaucoup de péchés, Lucifer gronde nerveusement devant mon ignorance car si j'excelle en théorie, la pratique par contre laisse à désirer.
Je ne sais pas où aller, et mes deux maîtres commencent sérieusement à s'inquiéter car je leur coûte une petite fortune ou infortune pour assurer mes cours privés. Je trime cependant tant et tant que parfois, sur une galère j'ai l'impression d'être un enchaîné ou un bourreau lacérant le dos des prisonniers. Je dois reconnaître en toute opportunité que, pour l'instant, mon âme balance sérieusement vers les ténèbres pour mon propre bien-être. Cependant je n'oublie pas ma toute dernière leçon, et tout en flagellant un prisonnier, je donne l'eau de ma gourde aux malheureux assoiffés.
Aussi je reste pour les deux grands maîtres « un cas » impossible à résoudre. Il est décidé, à mon insu, que Dieu se fera assister lors du prochain examen, par un de ses saints tandis que Satan s'armera de son plus vieux vétéran qui me soufflera les solutions. Je ressens un sentiments indescriptible de bien-être et de malaise quand enfin le jour suprême arrive. J'emmène mes chaînes et mon boulet pour me conditionner ayant pour consigne de se faire discrets ou indisciplinés selon l'air des deux atmosphères. Une haie d'étoiles nous montre le passage et pour l'ultime cérémonie, j'ai pris soin d'emporter mes deux destinées, l'une représentant mes joies, l'autre mes tourments. Je suis enfin devant le Messie ayant à ses côtés son propre fils. Aux questions de chrétienté on m'attribue la note parfait, quand, par un curieux hasard, le Seigneur me pose une énigme subsidiaire, j'hésite, je m'étrangle devant l'étrange et me trouve sur le seuil … d'à-côté !
Lucifer a non seulement le plus maudit de ses vétérans mais également toute une armée de fantômes grimaçants. Aux questions de barbarie je crache mieux que le roi quand, par un triste dessein, Satan pose devant moi une barrière. Je suis pour la première fois décontenancé, car à ma souvenance, aucun spectre ne m'a jamais appris à sauter un obstacle de telle manière. On me vocifère de m'élancer avant que l'on m'enflamme le derrière, et dans un ultime effort, je me dépare de mes entraves.
J'estimais une fois encore avoir tout gagné mais je suis au purgatoire où je suis assailli de questions toutes aussi farfelues les unes que les autres. Durant ce temps, les futurs élus ou damnés se rangent selon leur bonté ou leurs vices cachés à gauche ou à droite de l'entrée. J'attends mon tour en me remémorant ma véritable identité et vais, selon mon humeur, consoler une pauvre victime ou exciter un bourreau inquiet. Je me fais rappeler gentiment à l'ordre par un ange ou bousculer par un spectre vétéran.
L'attente est longue, je fais figure de curiosité car j'évolue avec un tel naturel entre les anges et les maudits que, pour les uns je ressemble à une brebis attardée tandis que pour les autres, je suis un prédateur confirmé. L'envie me vient de déserter mais je suis fermement maintenu de chaque côté. On me tiraille tant et tant que je ressemble étrangement à un enfant posant un lourd dilemme à ses parents alors que je suis cet éternel invisible édenté cherchant inlassablement de se faire adopter. Je fais une risette désuète à un saint comme je mime un pauvre rictus à un fantôme qui m'épie au loin. Chacun s'efforce de me copier et le purgatoire devient un tel cirque que tout le monde est évacué sans délais tandis que la sélection est exceptionnellement différée. Tout le monde se salue échangeant des mondanités ou des banalités selon la notoriété de chacun et tandis qu'un ange se perd dans sa feuille un spectre se plonge dans sa liste pour gagner du temps lors des prochaines sélections.
Pour fêter l'événement je reprends ma belle indépendance d'antan ayant tout mon loisir pour visiter. J'ouvre une porte par hasard, je ne me suis pas trompé car je suis au Paradis. Ma sérénité est telle que je passe inaperçu. Un ange me salue gracieusement à mon passage tandis que je reste en admiration devant ses yeux sereins et purs ; mais la nuit tombe, aussi il me faut frapper au seuil de l'autre palais. Je ne tambourine pas cependant car les portes s'ouvrent devant moi comme par magie noire. Ma cruauté est si affirmée qu'un fantôme me félicite avouant piteusement son regret de ne point me ressembler. Je me sens brusquement si las que j'ai envie de m'endormir d'un sommeil peuplé de rêves ou de cauchemars. Je me réveille en sueur pensant que je ne sais toujours pas où aller et c'est alors « qu'ils » sont enfin là, car ce sont bien eux, mes chers tourtereaux que j'ai réunis une seule fois à l'insu des deux grands maîtres. Cependant inquiets pour l'avenir de leur enfant, ceux-ci exigent que je parte chercher leur petit ange ou démon. Ma cervelle desséchée se ratatine sous le poids de mon destin car je ne sais à qui confier l'objet de chantage des parents car l'usure du temps n'a pas épargné leur amour.
Je suis donc un juge qui écoute patiemment ou nerveusement les plaintes de la mère ou les vociférations du père. Que vais-je faire du môme qui, selon son humeur, aime ou déteste sa triste condition ? Certes, je l'ai bien élevé, trop je dirai même, car il me ressemble étrangement. Vais-je oser avouer à l'enfant que je ne suis ni son père, ni même sa mère mais simplement un vieil édenté à qui on l'a confié? Je dois reconnaître qu'il m'appelle parfois grand-père depuis que je lui avais laissé croire que ses parents l'avaient abandonné sur les marches d'une église ou sur le seuil d'une secte. Je suis pris à mon propre piège car j'ai fait de l'enfant un bâtard de Dieu ou un futur prince aux traits hideux. Vais-je appeler une étoile pour parfaire son éducation ou un fantôme pour développer ses connaissances sataniques ?... Dans un ultime effort, je me transporte au Paradis où Dieu est surpris de mon petit chenapan qui baisse les yeux religieusement devant le Seigneur qui reste indifférent à son regard subitement implorant. Je tape à la porte d'à-côté, où Lucifer reste de marbre devant le petit démon qui adroitement esquisse un rictus des plus engageants. De guerre lasse, je me promets que mon petit bâtard sera un élu ou un maudit mais selon mes propres règles que je lui aurai apprises.
Je m'applique tel un bon professeur à éduquer seul mon bon petit diable qui m'en fait voir de toutes les couleurs. A son entrée mes chaînes et mon boulet se terrent dans un coin perdu de mon grenier en me maudissant secrètement. Un jour cependant, et profitant de mon inattention, mon « fils » rencontre une vieille dame au regard noir mais languissant. A mon insu, l'enfant devient un petit ami qui tantôt s'amuse à lui cacher sa canne ou à lui offrir des roses volées à l'étal des marchés. Multipliant des trésors de patience, la brave dame lui apprend les bonnes manières faisant fi des mauvais conseils que je prodigue à son oreille. L'enfant devient dès lors si fragile et sans ambiguïté que Dieu lui-même envoie une bonne étoile l'emmenant au royaume des anges scintillants.
Je me sens trahi, je fulmine sombrant dans le désespoir le plus profond en me
remémorant les souvenirs d'antan où je tenais le petit brigand sous le joug de mon âme débile et sénile. Je m'étale de plus en plus souvent sur ma paillasse redevenue encrassée pour ne plus
exister. Cependant un être pense à ma bonne infortune car dans ses moments de bonté, mon petit ange m'envoie les nouveaux plans des fléaux qu'à Lucifer, il a dérobé en secret. Je passe des jours
et des nuits à épurer le triste dessein du Maître des Ténèbres, je fonce dans les aiguilles du temps pour désamorcer une bombe à retardement. Je pars à la recherche des bourreaux aux crimes
contre l'humanité se cachant de leurs atrocités passées. Je reste aux aguets lorsque des fillettes inconscientes se perdent au sein des forêts.
Je suis devenu à force d'errance un chef de meute ayant toujours à mes trousses une horde de loups vivants librement dans les forêts. A la recherche d'un quelconque festin sortant de mon
ordinaire, je creuse la terre et déchire de mes crocs le sceau d'un parchemin enfoui au pied d'un chêne. J'ose oublier ma bouche invisible et édentée pour n'être qu'un homme à la curiosité
enfiévrée. Je dévore, je déguste des écrits que trop surréalistes datant d'une époque qui me rappelle étrangement et à mon insu des faits de jadis. Des éclairs me traversent de toutes parts comme
des souvenirs trop longtemps enfouis que je ne puis plus ignorer. L'histoire de cet homme qui, trop blessé par ses épreuves passées, choisit de vivre caché aux yeux de tous pour pouvoir un jour
prouver les erreurs humaines et les atrocités passées, n'est certes pas pour moi un étranger. Ainsi, le hasard ne m'avait pas trompé, je venais de découvrir des trésors d'un être qui me
ressemblait étrangement. Je recule lorsque j'aperçois d'autres ossements humains appartenant au même homme, j'ose alors religieusement caresser le corps entier. Dans un dernier geste de respect
et me rappelant que moi aussi je suis poussière, j'offre à l'homme des funérailles digne d'un roi afin que ses cendres reposent à jamais dans les roseraies dont la couleur pourpre des fleurs me
rappelle étrangement celle du sang.
à suivre